November 9, 2010 par Administrator
Commentaires (0)
Mongolie:
Etant actuellement au Japon, où je soigne une grave infection dentaire, je saisis ce moment pour faire un petit bilan et clore la première partie d’Explorasia.
Je suis partie le 20 juin 2010 du Nord de la Mongolie, à la frontière sibérienne.
Les quelques jours passés à Ulanbaator, m’ont permis de régler mes problèmes de visa et peaufiner les derniers détails matériels. Me voilà prête pour le grand départ.
Un départ qui laisse derrière moi deux ans de préparation.
Le rêve de pêcher en suivant la rivière Selenge …
Dès les premiers jours, j’ai essayé de suivre cette incroyable rivière mais sans succès. J’ai dû me rendre à l’évidence que les arbres dévastés et le terrain si dense ne me permettaient pas d’approcher l’eau. Mon unique option ? Emprunter le chemin des montagnes situées derrière moi. La température de 36° et ma charrette non adaptée pour des dénivelés m’ont mené la vie difficile durant la première partie ; puis mon corps s’est habitué à cet effort particulier, à savoir pousser une charrette tout en portant une charge sur le dos.
Le premier nomade que j’ai vu chantonnait sur son cheval ; il s’est arrêté et m’a dessiné sur la poussière du sol le chemin à suivre pour passer le col que j’avais en vue. Où je découvre en alternance bouleaux et mélèzes. Etrangement, l’eau est rare et tout est très sec ; au maximum de mon chargement, j’arrive à marcher cinq jours en autonomie (en me rationnant). Sortant de cette partie montagneuse, j’allais enfin côtoyer la vraie steppe, plane à perte de vue et venteuse. Les abris sont totalement absents et je ne puis me cacher, subissant ainsi des visites nocturnes indésirables. Certainement curieux, les hommes mongoles (parce que la femme mongole sort peu du périmètre de la Ger) attendent la tombée de la nuit pour venir rôder autour de ma tente ; d’autres sont juste ivres et beaucoup moins timides que durant la journée. Après une très mauvaise rencontre où j’ai crains pour ma sécurité, je décide de me cacher. J’utilise alors les ponts, les tuyaux d’évacuation d’eau en dormant dans les bouches juste assez larges pour m’y glisser ; il m’arrive également de trouver le repos dans les abris de certains animaux ; ceux-ci sont tapissés d’excréments avec une odeur d’urée qui monte au nez. Aussi précaires que pouvaient être mes abris nocturnes, tous prenaient soudain l’allure de palaces. Une incroyable protection, hors des regards et hors de la force du vent. Après un mois de marche, la météo a commencé de changer; le vent a forci.
Mais ce jour-là, dans une plaine argileuse sans fin, j’allais devoir me confronter à la colère de dame nature.
Tempête sans fin.
En cette fin de journée où l’atmosphère s’emplissait de lourdeurs, je cuisinais mon repas du soir ; puis le vent se leva, sa force soudaine m’impressionna.Elle était telle que je ne pouvais rester debout. Ma tente commença alors à faire un bruit bizarre. Sans inquiétude de ma part puisqu’ elle était face au vent et très bien amarrée. Soudain le vent tourna et se mit à fouetter ma tente sur le côté ; il profitait de chaque seconde pour forcir. Je mis tout mon poids sur le devant évitant le maximum de stress à celle-ci, mais je réalisai très vite que cela ne tiendrait pas. Sans perdre une seconde, une décision immédiate s’imposait. Impossible de démonter ma tente sur le moment, sans quoi toutes mes affaires allaient s’envoler dans la steppe. Je décidai alors de retirer les arceaux qui heureusement sont extérieurs de ma toile de tente. À peine avais-je effectué l’opération que je réalisai que ma tente ainsi que toutes mes affaires à l’intérieur avaient encore une prise au vent. Je sautai alors de tout mon poids sur la tente pour tenter de la recouvrir de tout mon corps. Vêtue d’un t-shirt et les pieds nus, la seule chose à faire fut de laisser passer l’orage sans bouger. Il faut attendre. Je vais rester ainsi plusieurs heures en subissant le sable, la pluie, les éclairs qui ne cessèrent de tomber si près, que le sol tremblait sous mon corps. Deux heures plus tard, la tempête s’estompa enfin ; je me relève, je suis transie de froid et mon corps tremble fortement ; tout est un mélange de sable et d’eau, le ciel est noir menaçant ; je range le tout précipitamment, la pluie tombait encore, mais l’air était enfin frais et revigorant…Je marchai dans la nuit durant 30 minutes, puis je m’invitai dans une Ger non loin de là. Les nomades s’interrogèrent du regard en me voyant dans un tel état et pourtant m’accueillirent les bras ouverts sans trop comprendre ce que je faisais là. Pendant la nuit, la tempête était revenue, mais j’étais au chaud dans mon sac de couchage.
Épuisée par ces derniers événements, je repartis le matin très tôt. Après avoir effectué 20 kms avec difficulté, je remarquai au loin des points blancs l’un à côté de l’autre ; ils ressemblent à un groupe de Ger. Je sors mes binoculaires et remarque que cela pouvait être un camp monté pour les voyageurs de passage, touristes et Mongoles. J’approche, je ne m’étais pas trompée ; j’y suis restée 2 jours consécutifs où je dormis jour et nuit, ne me réveillant que pour manger la nourriture que la cuisinière Mongole avait plaisir à m’offrir. Mais elle ne comprenait pas pourquoi je ne voulais pas de son mouton bouilli. Sur pied en pleine forme, je remis mon sac au dos et mes chaussures en direction des deux montagnes que j’apercevais au loin. La cuisinière me glissa un magnifique pain doré dans mon sac, pain qu’elle avait préparé juste pour l’occasion.
Je m’éloigne forte d’une énergie nouvelle ; mon corps n’est plus fatigué et mes jambes sont toutes disposées à avaler du kilomètre. C’est en chantonnant que je croise du regard quelques nomades sur leur cheval…
Au loin, mon cap est marqué par un passage entre deux crêtes de montagne où s’écoule une rivière. En cette fin de journée, je pose mon camp dans un endroit très protégé du vent. Je suis satisfaite de cet emplacement ; j’amarre ma tente avec de grosses pierres. La nuit tombe mais la tempête l’accompagne ; la pluie d’abord, la grêle ensuite. Je me suis préparée à l’intérieur en empaquetant tout…. on ne sait jamais. Pour faire le point de la situation, je me risque à jeter un œil dehors et je comprends la gravité de la situation. A ce moment là, les secondes ….qui me sont accordées m’ont permis de sortit de ma tente, de retirer mon sac et ma charrette. La seconde d’après, un mur de boue engouffrait mon abri. Me voilà sans toit aux portes de la nuit ; je m’extirpe de là et je rejoins le haut de la colline. …Au loin, on me fait signe ; un cheval arrive au galop dans ma direction. Le chef de famille de nomades témoin de la situation au travers de son monocle me propose l’hospitalité, La rivière a débordé de partout et gonfle à vue d’œil et c’est pourtant patiemment que mes affaires sont portées d’une rive à l’autre à l’aide d’un cheval pour rejoindre leur logis. Je vais grimper à l’arrière de son cheval, l’eau monte toujours, elle nous arrive maintenant à la taille ; je n’arrive pas à savoir si le cheval nage ou s’il a encore pied ; je m’accroche et l’on arrive mouillés mais sains et saufs sur l’autre rive. Toute la famille a regardé la scène y compris les chiens. Le lendemain et après une nuit bien agitée - où nous avons dormi à sept parterre- , je décide de faire demi- tour et de retrouver le campement de ger où j’avais passé deux jours pour me sécher et réfléchir pour retrouver une tente de remplacement. Sur le chemin du retour, je téléphone à l’aide de mon iridium à mon contact Bat à Ulanbaator ; Une aide précieuse durant la préparation de mon tracé. Au téléphone, il rigole en me précisant que l’on est dans cette période spéciale de deux mois durant lesquels la nature se déchaîne. Il me rassure en me demandant de ne pas quitter le campement de Ger, car il m’envoie un de ses gars avec une tente de remplacement. Deux jours plus tard, la tente est arrivée ; j’avais pris au moins deux kilos, en partageant la vie des propriétaires du campement et en étant bichonnée par la cuisinière. Une super famille avec laquelle je discute de mon tracé devant une carte et un bon thé salé. Ils m’apprennent alors que je devrais faire un détour pour éviter le mauvais caractère de cette rivière qui inonde les plaines régulièrement, particulièrement en cette saison. D’une seule voix, ils s’accordent tous pour que mon tracé passe par Ogi Nur. Pour moi cela représente un détour, mais si je peux m’assurer de ne pas tomber entre les griffes d’une tempête de boue ou autre chose du même genre, c’est positif.
Le lendemain matin, après un petit déjeuner copieux, le propriétaire se propose de me déposer là ou j’ai perdu ma tente mais de l’autre côté de la rivière cette fois, loin de ces berges inondées. L’homme à-tout-faire du camp nous accompagne: ils me font rire ; ils s’arrêtent au passage pour pomper de l’eau pour le camp (pas d’eau courante) et glissent dans mon sac des beignets encore tous chauds de la cuisinière. Ils me déposent et me souhaitent bonne chance.
Les jours de marche qui ont suivi ont confirmé le bon choix de ce tracé. Pendant ce temps, une nouvelle tente de bonne qualité était envoyée à mon prochain point de chute à Karakorum.
Les semaines qui ont suivi, la météo ne se s’est pas arrangée pour autant, le froid a fait son apparition au côté de l’habituel vent déchirant les steppes.
Les chevaux libres, les troupeaux de chèvres entourant ma tente le matin à mon réveil, les attroupements de moutons peureux ont tous fait partie de mes petits bonheurs steppiens.
Et pourtant, je me rapprochais jour après jour, nuit après nuit de cet endroit magique où j’étais si impatiente d’arriver ….le désert de Gobi.
Le Gobi :
Un jour comme les autres, dans une plaine ouverte, j’ai cru voir un mirage: des dizaines de chameaux se balançaient tranquillement l’un derrière l’autre. Cette scène me criait :
« Bienvenue dans le Gobi »
Ce fut la plus belle partie de la Mongolie à mes yeux ; mon eau venait désormais des puits parsemés dans ces plaines où les nomades se sont dispersés jusqu’à ce qu’ils disparaissent de l’horizon. Seuls quelques passages journaliers de voitures avec leurs traînées de poussière sont encore visibles à l’horizon. Je me retrouve enfin seule avec Dame nature…
Quel soulagement, la température monte ici jusqu’à 45°. Sous mon parapluie, je récupère, bois un bon coup et repars. La beauté et l’excitation d’être enfin dans les bras du Gobi me donne de l’énergie.
Ce soir-là, j’avais décidé de poser mon camp au pied de cette formation rocheuse, cirque où le vent s’amuse à tournoyer. Le jour se couche en laissant derrière lui une traînée orangée dans le ciel. Je me couche et m’abandonne dans les bras de la nuit. Soudain à 04h00 du matin, je me réveille net ; je me relève en position assise et j’écoute, je ne perçois rien pas un bruit …même pas une petite brise nocturne. Puis une drôle de sensation m’envahit ; je reste aux aguets quelque temps, puis je retrouve mon sommeil.
Peu de temps après des hurlements me réveillent, les loups sont à deux pas ; ils hurlent, au total j’arrive à en compter quatre, cinq peut-être. Je suis bouche bée dans ma tente, je ne bouge pas, j’attends ….puis plus rien …le silence ; j’ouvre petit à petit mon entrée et je remarque qu’ils sont partis. Ils m’ont avertie de leur présence car j’étais certainement sur leur territoire. J’en souris encore, une expérience magnifique.
Premier ravitaillement
Voilà 80 jours que je suis partie, je m’approche d’une montagne au milieu du désert …Point de repère avec mon équipe pour mon ravitaillement. Nous sommes arrivés presque en même temps au campement de Ger pour touriste, notre point de chute pour ce ravitaillement, peu de temps avant que le soleil ne se couche…
Des moments pleins d’émotions et de joie. Je vais pouvoir me laver enfin ! Et manger à ma faim ! Ils m’ont amené des bonnes choses de Suisse. Et tout mon matériel pour les trois prochains mois. Un repos bien mérité de quelques jours avant que mon team reprenne la route pour la capitale.
Après ce ravitaillement, mes pas ne sont pas allés bien loin ; je fus littéralement terrassée par une rage de dent. Le pays le plus proche pour une intervention chirurgicale a été désigné par Gregory Barbezat mon responsable d’expédition: le Japon !
C’est ainsi que j’ai pu bénéficier d’une évacuation par avion ; j’ai survolé le désert de Gobi tenant ma mâchoire gauche dans une main, le front collé à la vitre… je disais au revoir au Gobi ….