Descente du fleuve Namtha Laos

November 26, 2011 par Administrator   Commentaires (0) Recommander ce blog à vos amis


J'ouvre un oeil, incertaine de l'heure. La pleine lune associée au brouillard des montagnes a diffusée telle une ampoule éco, une lumière grise claire toute la nuit. Après la visite nocturne de trois personnages qui se sont octroyés la casquette de policier, je n'ai guère fait que de somnoler. Je m'en suis débarrassés en affirmant que j'étais accompagnée. J'ai alors rendu la chose vivante en parlant en français, à l'intérieur de ma tente comme si mon interlocuteur était à mes côtés. Et pourtant, l'inquiétude m'a gagnée durant les heures suivant la découverte de mon camp. La simple pensée que mon canoë puisse être volé ou emprunté durant la nuit, m'a laissé en alerte, du moindre faux bruit jusqu'au petit matin.

UN MATIN D'ICI

Tout est humide la brume de la jungle laisse sa patte invisible sur chaque forme visitée. L'eau brune de la rivière Namthan semble ne pas remarquer. J'observe cette nature sauvage où d'un côté de la rivière, la jungle a tissé un rideau vert aux hauteurs vertigineuses qui tombe a pic jusqu'au bord de l 'eau. Je me situe sur l'autre rive où un banc de sable s'étend du bord de l'eau jusqu'à la jungle dense.

Je suis assise dans ma tente, la tenture extérieure relevée, mon regard alors se perd et mon esprit revisite les petits villages suspendus sur le bord de la rivière des jours précédents... Comme dans un monde sans effort, je redescends une partie de la rivière... Là où ... Les chiens scrutent dans une contemplation pleine de zenitude, pendant que les enfants sur le chemin du retour de l'école, parfont eux-mêmes leur éducation, avec un sourire comme cartable.

Pendant ce temps, le décor prend vie. Les poules aux pelages peu soyeux, échappent de peu aux coups de balai donnés par une ma-ma qui s'efforce de sortir de sa sieste. Comme si elle voulait leur montrer qu'elle ne s'était pas laissé piéger encore une fois, par la douce caresse de ses paupières. Et pourtant, ces poules là, chantent inconditionnellement chaque jour, l'arrivée d'un " soleil à l'emporter".

Sous la maison, attaché aux piliers porteurs de la petite maisonnette en bambou, le hamac se balance comme si un fantôme profitait d'une petite douceur terrestre. Mais à mieux y regarder, une forme inerte donne tort à ma première hypothèse. Pendant qu'une vieille femme à la peau usée se lave sans gêne à la rivière, les canards passent sans bruit d'une maison a l'autre, fouillant de gauche a droite, ayant comme ultime destination de choix:« le canal d'évacuation du village».

Le ronronnement de mon estomac me ramène a la réalité, je reprends mes esprits et machinalement mes gestes suivent, simples et rassurants, un rituel répété matin après matin, depuis plus d'une année et demi. Peu importe l'endroit: désert du Gobi, Siberie où, encore plongé dans une forêt de bambou en Chine, mes gestes sont les mêmes. Ma théière se met à ronronner gentiment...

Quelques jours plus tard...

JE MANGE DU SILENCE

La solitude de mes journées, de mes mois, me semble un élément important. Comme dans une bonne recette. Des détails à la contemplation, des odeurs aux couleurs, ces moments se glissent en moi sans me déranger, sans me prendre la tête. Ils me nourrissent simplement en utilisant le silence pour voyager jusqu'à moi. Le bruit et les bavardages inutiles nous isolent et nous laissent avoir faim, alors on commence à manger, pensant que cela va réduire cette sensation de faim... mais on se méprend de nourriture.

Je pense à cela entre deux poussées de fièvre, inerte depuis plus de deux jours dans ma tente. Les frissons parcours mes os comme si c'étaient des autoroutes. Pendant que ma tête, commotionnée par la fièvre à plus de 40 degrés, ne cesse de fixer la rivière dans un flou permanent.
Je pense a la Dengue ou la fièvre du poulet ou encore la Malaria... mon médecin ne répondra à aucun de mes appels. Je demande alors qu'un bateau m'emmène au dispensaire le plus proche, à l'aide de mon téléphone satellite. Il faudra encore 1,5 jours pour que le bateau me trouve. La fièvre a alors baissée et les crises de foie s'amplifient. Le repos et un bon antibio que je me suis prescrite moi-même, ont fait l'affaire.

Je vous écris les chaussures au pied, prête à repartir, en grande forme, mais cette fois sur terre ferme, pour eviter une rechute. Je pars retrouver le brouillard des montagnes...

© 2012 Sarah Marquis - Tous droits réservés